Crasville la Roquefort
Crasville la Roquefort

L’église de Crasville-la-Rocquefort

Suivant l’exemple de leurs contemporains, les seigneurs de Crasville ont fondé dans l’église paroissiale un prieuré qu’ils donnèrent à l’abbaye de Tiron en 1126. Jusqu’à la Révolution, Crasville est resté un prieuré-cure. Le logement des moines peut encore se voir au Nord de l’édifice et a été restauré récemment. La cour qui prolonge cette demeure s’est appelée longtemps « Pâturage de la Prieuré ». La chapelle qui jouxte le chœur était la chapelle du prieuré : une petite porte la faisait communiquer directement avec la maison des moines. L’église est dédiée à saint Martin. Elle est en grès, exception faite de la façade Nord en briques et grès qui à été restaure au XVIIIe siècle. Une tour massive, d’époque Louis XIV, décorée d’un cadran solaire, supporte une flèche fine et élancée. La nef est d’époque Louis XIV. Le chœur a été refait sous Louis XIV. La façade Sud est agrémentée d’un joli petit porche dont la base est en grès. La charpente présente un pignon bordeaux. Ce porche est inscrit à l’inventaire des M.H. L’autel majeur est en bois peint et doré du XVIIIe siècle. Les autels latéraux sont dédiés, l’un à Notre-Dame - et les congressistes purent admirer la statue d’une belle Vierge a l’Enfant du XIVe siècle en bois peint et doré -, l’autre à Saint Nicolas, facilement identifiable grâce à son baquet et aux enfants. Dans la chapelle collatérale, l’attention est retenue par deux pierres tombales fixées au mur et qui ont été étudiées par l’abbé Coche. L’une, XIIIe siècle, porte la mention : « lchi Gist Pierre Jourdain, prestre, jadis prieur d’ichiste ». C’était donc un prieur au temps de Saint Louis et d’Eudes Rigaud. L’autre est du XVIe siècle : « Icy gist religieux et frère Jacques-Agnès Gattel ( ?)… canon et prieur de céans (lequel a fait) faire ceste chapelle, les travées….. ». Il s’agit d’un prieur qui travailla de sa personne à la réfection de l’église et de la chapelle. Dans cette chapelle, qui fut le siège d’une ancienne confrérie, se trouve une magnifique Charité de Saint Martin di XVIe siècle en pierre polychromée. Un saint Méen y est toujours honoré. Destoiles peintes du XIXe siècle la décorent : Un Christ au Outrages, une Vierge de douleur, un couronnement de la Vierge et Notre-Dame du Rosaire. Dans le cimetière se trouve un calvaire en grès du XVIe – XVIIe siècle. Le socle comporte un blason et au haut du fût, on peut encore lire l’inscription « O Crux Ave »

Le château de Crasville-la-Rocquefort

Ce château a été édifié par Jacques de Roquigny. Une inscription au-dessus de linteau de la porte mentionne la date de 1602 … A cette même période fut construite la place des Vosges … Nous ne connaissons pas le maître d’œuvre de Crasville dont toutes les archives ont disparu. Comme les pavillons d’entrée, le logis, abrité par une haute toiture d’ardoise, est édifié, sur un soubassement de grès, en brique sur laquelle tranche les grés clair en appareil harpé des chaînages d’angle et des piédroits des ouvertures. La disposition est semblable sur les deux façades : un avant-corps central (qui correspond à l’escalier) en légère saillie, couronné par un fronton (curviligne avec oculus sur le jardin, de tracé triangulaire coupé par une grande lucarne sur la cour) ; de part Et d’autre, une travée de grandes fenêtres surmontée, du côté de la cour, d’une importante lucarne a grand tympan triangulaire et petite ouverture en plein cintre. Les fenêtres intercalées entres ces travées et l’avant-corps central sont de facture beaucoup plus simple et doivent résulter de modifications ultérieures comme paraissent l’indiquer des remaniements dans l’appareil de brique. Les deux façades diffèrent cependant à leurs extrémités. Sur la cour d’honneur, le corps de logis es flanqué de chaque côté en avancée d’un pavillon de plan carré à toiture en hache, qui reproduit l’ordonnance des travées décrites ci-dessus. Par contre , sur le jardin, ce sont d’élégantes tourelles latérales cylindrique coiffées en poivrière très élancée, elles reposent en encorbellement sur un haut soubassement de plan carré ou l’on retrouve aux angles l’appareil de grand harpé. La brique est habilement utilisée à l’ornementation des façades. Les deux tourelles portent à leur base un bandeau en dents d’engrenage ; puis, au dessus de leur fenêtre, un bandeau plus large fait de damiers et de dents d’engrenage ; enfin, juste au-dessous de la corniche, se développe un troisième bandeau fort original qui s’inscrit au même emplacement tout au long des différentes façades du château : quatre rangées de briques de profil semi-elliptique, placées en opposition deux à deux, y dessinent deux chaînes superposées. Ce décor de briques de nos gentilhommières normandes mériterait à lui seul une étude approfondie qui à notre connaissance n’a pas encore été faite. Il faut pouvoir admirer ce décor par un bel après midi ensoleillé, comme le firent les congressistes. Signalons aussi que des trous de tir sont percés au niveau du premier étage, principalement sur la façade vers le jardin, ce qui nous rappelle que ce château fut construit en une période troublée. De nos jours site paisible, Crasville-la-Roque occupe cependant une position stratégique : un maelon qui commande la source du Dun à la limite du Talou et du Grand Caux, sur la route de Rouen à Veules-les-roses. D’après la toponymie, Roquefort est littéralement « Roque Forte », au sens de maison forte et Crasville dérive de « cras » qui signifie « grand, important » Le château de Crasville possède une motte féodale qui a joué certainement un rôle défensif pour la vallée du Dun. L’ouvrage se compose au centre d’une motte presque parfaitement circulaire (diamètre Nord-Sud : 32 mètres : diamètre Est-Ouest : 34 mètres) ; elle s’élève à 2,80 m au-dessus du fossé qui l’entoure. Au-delà de ce fossé, une enceinte à peu près concentrique est encore très visible ; sa largeur passe de 28 mètres d’Est en Ouest à 36 mètres du Nord au Sud. L’enssemble de l’ouvrage, protégé par de magnifiques hêtres roux, atteint environ 90 mètres de diamètre. Les études archéologiques menées par J. Le Maho à la motte de Mirville permettent d’imaginer cette motte féodale surmontée d’une tour de bois et entourée de palissades et de pieux. La partie la plus large de l’enceinte pourrait constituer la basse cour, habitat des soldats et refuge des paysans. Telle qu’elle est conservée, la motte de Crasville constitue une intéressante réserve archéologique. Il y a eu continuité entre cette motte et le château. Les anciens cadastres l’attestent et le vieux jardinier du château a relevé maintes fois des blocs de grès quand i voulait parfaire kes pelouses. S’agissait-il d’une maison forte ? Nous empruntons aux notes de M. de Montfort l’histoire brèves des familles qui se sont succédé au château de Crasville. En 1200 la terre de Crasville appartenait à un certain Guérin de Clapion qui après avoir joui de la faveur du roi d’Angleterre Jean sans Terre abandonna son parti pour celui de Philipe Auguste. Jean sans Terre confisqua alors le fief au profit d’un de ses fidèles. Le comte Guillaume de Varenne. Les descendants de ce dernier. Robert et Laurent de Sainte-Beuve, furent tout deux tués à Azincourt (1445), sous la bannière du roi de France Charles VI. La terre fut alors à nouveau confisquée par le vainqueur, le roi d’Angleterre, qui la remit à un chevalier anglais, Roger Penys, vicomte d’Arques. Après l’expulsion des Anglais, la terre fut rendu en 1464 aux descendants des Sainte-Beuve. Dès les premières années du XVIe siècle, la terre de Crasville passa entre les mains de la famille de Rocquigny qui la conserva jusqu’en 1876. Cette famille de Rocquigny a essaimé, dans la vallée du Dun, dans le Pays de Caux et au-delà. Plusieurs branches sont encore florissantes aujourd’hui. La terre de Crasville fut achetée aux héritiers de la famille de Rocquigny en 1876 par le vicomte de Montfort, grand-père de M. Alain de Montfort.

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